Utilisant l'Ursonate originale de Schwitters, la pièce de Kentridge est à la fois une performance, une conférence et une symphonie. En la regardant, cependant, on a l'impression qu'elle n'est rien de tout cela.

Devant une projection, Kentridge se tient sur un podium. Il ouvre un livre et derrière lui, un autre livre s'ouvre également. C'est la dernière fois que la performance prend la forme d'une conférence conventionnelle. Dès la première ligne: «Fumms bö wö tää zää Uu, pögiff, kwii Ee», il se lance dans une symphonie de performances audiovisuelles. Kentridge est accompagné par des visuels en stop-motion de sa propre création, certains faisant écho aux mots et aux phrases qu'il prononce, d'autres comblant les lacunes de notre compréhension. Le charabia se transforme en débat, tandis que le langage corporel – le léger mouvement d'un doigt ou l'extension des paumes vers l'extérieur – contribue à former l'argument. Le tout s'intensifie, devient frénésie, avant d'atteindre la cadence – un magnifique effondrement de la rime et de la raison – orchestrée par la soprano new-yorkaise Ariadne Greif et le danseur Peter Kuit. Au milieu du bruit, du chaos et des explosions, des conclusions sont tirées, ou abandonnées, avant d'être relancées à nouveau.
Plus soigné que les performances Dada d'antan, l'Ursonate de Kentridge leur rend néanmoins hommage en démontrant combien le langage de l'absurde peut encore être utile pour aborder un monde qui n'a pas de sens. Cet événement, qui s'inscrit dans le prolongement du red bridge project 20-21, dont William Kentridge était l'artiste invité, fait partie du festival de musique contemporaine rainy days dirigé par la Philharmonie.